Plan de trésorerie : comment anticiper les tensions de cash d’une PME mois par mois
Une PME rentable peut manquer de cash à la fin du mois. Les salaires tombent à date fixe, la TVA et les acomptes d’impôt aussi, alors que les clients paient avec retard. Le plan de trésorerie sert à voir ces décalages des semaines à l’avance, quand il est encore temps d’agir, plutôt que de les découvrir sur le relevé bancaire.

Qu’est-ce qu’un plan de trésorerie ?
Le plan de trésorerie est un tableau qui projette, mois par mois ou semaine par semaine, les encaissements et les décaissements de l’entreprise. Il part du solde bancaire réel et calcule le solde prévisionnel de chaque période.
Il se distingue du budget sur un point essentiel : le budget raisonne en chiffre d’affaires et en charges, au moment où ils sont facturés ; le plan de trésorerie raisonne en flux d’argent, au moment où ils passent par la banque. Une vente facturée en octobre et payée à 90 jours n’entre dans le plan de trésorerie qu’en janvier. Une PME peut donc afficher un budget équilibré et une trésorerie dans le rouge.
La structure d’un plan de trésorerie
Un plan de trésorerie lisible tient en trois blocs :
- les encaissements : règlements clients TTC, apports en capital ou en compte courant, déblocages d’emprunt, subventions, cessions d’actifs ;
- les décaissements : fournisseurs TTC, salaires nets, charges sociales, impôts et taxes, loyers, remboursements d’emprunt, investissements ;
- le solde : trésorerie de début de période, plus les encaissements, moins les décaissements, égale la trésorerie de fin de période, qui devient le solde de départ de la période suivante.
Tous les montants s’inscrivent toutes taxes comprises, puisque c’est la TVA encaissée et décaissée qui transite réellement par la banque.
Les échéances à ne pas oublier au Maroc
La plupart des tensions de trésorerie viennent d’échéances connues à l’avance mais mal positionnées. Le Code général des impôts fixe les principales :
- TVA : sous le régime de la déclaration mensuelle, la taxe du mois précédent est déclarée et payée avant l’expiration de chaque mois en procédure électronique (article 110) ;
- IR sur salaires : les retenues à la source d’un mois sont versées dans le mois qui suit (article 174-I) ;
- acomptes d’IS : quatre acomptes de 25 % de l’impôt du dernier exercice clos, versés avant l’expiration des 3e, 6e, 9e et 12e mois suivant l’ouverture de l’exercice (article 170-I).
Côté clients, la loi n° 69-21 relative aux délais de paiement fixe un délai de 60 jours à compter de la facture à défaut d’accord, sans pouvoir dépasser 120 jours par convention. Il faut donc retenir le délai réellement constaté, pas le délai contractuel. Notre article sur le calcul et le pilotage du BFR détaille l’impact de ces délais sur le besoin de financement.
Exemple chiffré sur un trimestre
Prenons une PME de services qui dispose de 400 000 dirhams en banque début octobre et clôture son exercice au 31 décembre :
| En dirhams | Octobre | Novembre | Décembre |
|---|---|---|---|
| Trésorerie de début | 400 000 | 330 000 | 220 000 |
| Encaissements clients | 1 100 000 | 1 000 000 | 1 150 000 |
| Fournisseurs | 600 000 | 550 000 | 600 000 |
| Salaires et charges sociales | 350 000 | 350 000 | 350 000 |
| TVA | 120 000 | 110 000 | 100 000 |
| IR sur salaires | 40 000 | 40 000 | 40 000 |
| Acompte d’IS | – | – | 150 000 |
| Loyer et frais généraux | 60 000 | 60 000 | 60 000 |
| Total décaissements | 1 170 000 | 1 110 000 | 1 300 000 |
| Trésorerie de fin | 330 000 | 220 000 | 70 000 |
Le compte de résultat de ce trimestre peut être bénéficiaire, et pourtant la trésorerie fond de 400 000 à 70 000 dirhams. En décembre, l’acompte d’IS tombe en même temps qu’un mois de salaires : la marge de sécurité disparaît. Sans cet outil, le dirigeant le découvre fin décembre ; avec lui, il le voit dès octobre et dispose de deux mois pour relancer les clients, décaler un investissement ou négocier une facilité de caisse.
Construire son plan de trésorerie en cinq étapes
- Partir du solde bancaire réel, rapproché avec les relevés, jamais d’un solde comptable non pointé.
- Lister les encaissements attendus à partir de la balance âgée clients, en appliquant les délais de paiement réellement observés.
- Positionner les décaissements certains : salaires, charges sociales, TVA, IR, acomptes d’IS, loyers, échéances d’emprunt.
- Ajouter les décaissements variables : achats prévus, investissements, dépenses exceptionnelles.
- Fixer un seuil d’alerte, par exemple un mois de masse salariale, et repérer les périodes où le solde passe en dessous.
Faire vivre la prévision de trésorerie
Un plan de trésorerie figé perd sa valeur en quelques semaines. La bonne pratique consiste à le mettre à jour chaque semaine, en comparant le réalisé au prévu, et à prolonger l’horizon pour toujours couvrir les trois à six mois suivants. Les écarts répétés indiquent où la prévision de trésorerie doit être corrigée : un client qui paie systématiquement en retard, un poste de dépenses sous-estimé.
Ce suivi régulier change aussi la relation avec le banquier. Une demande de facilité de caisse appuyée sur une prévision de trésorerie détaillée, qui montre le besoin, sa durée et son origine, est mieux reçue qu’une demande faite dans l’urgence. Les programmes d’accompagnement publics présentés sur le site de l’agence Maroc PME peuvent également compléter le financement d’un besoin identifié à l’avance.
En résumé
Le plan de trésorerie ne prédit pas l’avenir, mais il transforme les mauvaises surprises en décisions anticipées. Construit à partir du solde bancaire réel, intégrant les échéances fiscales et les délais clients réels, et mis à jour chaque semaine, il devient l’outil de pilotage le plus concret d’une PME. Notre cabinet accompagne les dirigeants dans la mise en place de leur prévision de trésorerie et de leur tableau de bord financier.
Textes de référence : Code général des impôts, articles 110, 170 et 174 ; loi n° 69-21 relative aux délais de paiement.






