Seuil de rentabilité : calculer à partir de quel chiffre d’affaires votre PME gagne de l’argent
Chaque PME peut répondre à une question simple : combien faut-il vendre pour couvrir toutes ses charges ? Ce montant, c’est le seuil de rentabilité. En dessous, l’entreprise perd de l’argent ; au-dessus, chaque dirham vendu contribue au bénéfice. Le connaître permet de fixer des objectifs commerciaux réalistes, de tester une hausse de prix ou de décider d’un recrutement en connaissant son impact exact.

Qu’est-ce que le seuil de rentabilité ?
Le seuil de rentabilité est le chiffre d’affaires pour lequel le résultat est nul : la marge dégagée par les ventes couvre exactement les charges fixes. Il se calcule en trois étapes, après avoir séparé les charges en deux familles :
- les charges variables, qui évoluent avec l’activité : achats consommés, sous-traitance, commissions, transport sur ventes ;
- les charges fixes, qui restent stables quel que soit le volume : loyers, salaires de structure, assurances, amortissements, frais généraux.
Cette distinction n’apparaît pas dans les états de synthèse : le compte de produits et charges du CGNC présente les charges par nature (achats, autres charges externes, charges de personnel, dotations). Le contrôle de gestion doit donc reclasser chaque poste avant de pouvoir calculer le seuil.
La formule du seuil de rentabilité
Le calcul repose sur la marge sur coût variable :
- Marge sur coût variable = chiffre d’affaires − charges variables ;
- Taux de marge sur coût variable = marge sur coût variable ÷ chiffre d’affaires ;
- Seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coût variable.
Deux indicateurs complètent la lecture :
- le point mort, c’est-à-dire la date à laquelle le seuil est atteint dans l’année : (seuil ÷ chiffre d’affaires annuel) × 12 mois, pour une activité régulière ;
- la marge de sécurité, soit l’écart entre le chiffre d’affaires réalisé et le seuil, qui mesure la baisse d’activité que l’entreprise peut absorber avant de perdre de l’argent.
Exemple chiffré
Prenons une PME de distribution qui réalise 12 millions de dirhams de chiffre d’affaires annuel :
| En dirhams | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires | 12 000 000 |
| Charges variables (60 %) | 7 200 000 |
| Marge sur coût variable (40 %) | 4 800 000 |
| Charges fixes | 3 600 000 |
| Résultat | 1 200 000 |
Son seuil s’élève à 3 600 000 ÷ 40 % = 9 000 000 dirhams. Le point mort tombe à (9 ÷ 12) × 12 = 9 mois : l’entreprise ne commence à gagner de l’argent qu’à partir d’octobre. Sa marge de sécurité est de 3 000 000 dirhams, soit 25 % du chiffre d’affaires : une baisse d’activité supérieure à un quart la ferait passer en perte.
Embaucher : combien faut-il vendre de plus ?
Ce calcul devient un outil de décision dès qu’une nouvelle charge fixe se présente. Supposons que la même PME envisage de recruter un commercial, pour un coût annuel chargé de 220 000 dirhams. Avec un taux de marge de 40 %, ce poste n’est couvert qu’à partir de 220 000 ÷ 40 % = 550 000 dirhams de ventes supplémentaires par an.
Le calcul donne au dirigeant un objectif précis à fixer au nouveau commercial, et un critère objectif pour juger le recrutement au bout de quelques mois. Il montre aussi l’effet de levier : comme les charges fixes ne bougent pas, une hausse de 10 % du chiffre d’affaires, soit 1 200 000 dirhams, ajoute 480 000 dirhams de marge et fait progresser le résultat de 40 %.
Les erreurs fréquentes dans le calcul du point mort
- Classer toute la masse salariale en charges fixes, alors que les primes sur ventes et les intérimaires varient avec l’activité.
- Raisonner sur un taux de marge moyen quand les gammes de produits ont des marges très différentes : un changement de mix modifie le seuil.
- Oublier la saisonnalité : le seuil calculé sur douze mois réguliers peut être trompeur pour une activité concentrée sur quelques mois.
- Calculer le seuil une fois par an : il doit être revu à chaque hausse de loyer, de salaires ou de prix d’achat.
Suivre le seuil de rentabilité dans le temps
Le seuil de rentabilité gagne à figurer dans le tableau de bord mensuel, à côté du chiffre d’affaires cumulé : le dirigeant voit alors chaque mois s’il a franchi son point mort et quelle marge de sécurité il conserve. Notre article sur le tableau de bord de gestion des PME détaille les indicateurs à suivre. Les dispositifs d’accompagnement présentés par l’agence Maroc PME peuvent aussi aider à structurer cette fonction de contrôle de gestion.
En résumé
Le seuil de rentabilité répond à la question la plus concrète du pilotage : combien vendre pour ne pas perdre d’argent. Il suffit de séparer charges fixes et charges variables, de calculer le taux de marge sur coût variable, puis de diviser les charges fixes par ce taux. Utilisé avant chaque décision qui alourdit la structure, recrutement, investissement ou nouveau local, il transforme une intuition en chiffre. Notre cabinet accompagne les PME dans la mise en place de leur contrôle de gestion et de leur tableau de bord.





