Ratios financiers : ce que votre banquier analyse avant d’accorder un crédit
Avant de répondre à une demande de crédit, un banquier ne lit pas seulement le business plan. Il ouvre les états de synthèse de l’entreprise et calcule une série de ratios financiers qui lui disent, en quelques chiffres, si l’entreprise est solide, rentable et capable de rembourser. Connaître ces ratios avant le rendez-vous permet au dirigeant d’anticiper les questions, de corriger ce qui peut l’être et de présenter son dossier sous son meilleur jour.

D’où viennent les ratios financiers ?
Les ratios financiers sont calculés à partir des états de synthèse établis selon le Code général de normalisation comptable (CGNC) : le bilan, le compte de produits et charges (CPC) et l’état des soldes de gestion (ESG). L’ESG fournit notamment l’excédent brut d’exploitation (EBE) et la capacité d’autofinancement (CAF), deux agrégats au cœur de l’analyse financière bancaire.
Le banquier compare généralement ces ratios financiers sur trois exercices, et les rapproche des données du secteur. Un ratio isolé dit peu de chose : c’est son niveau, son évolution et sa cohérence avec les autres qui comptent.
Les ratios financiers de structure : l’entreprise est-elle solide ?
- Autonomie financière = capitaux propres ÷ total du bilan. Elle mesure la part de l’actif financée par les associés. Plus elle est élevée, plus l’entreprise résiste à un choc.
- Endettement = dettes de financement ÷ capitaux propres. Ce ratio indique combien l’entreprise doit aux prêteurs pour chaque dirham apporté par les associés. Un niveau supérieur à 1 signifie que les prêteurs financent davantage que les associés.
Pour le banquier, des capitaux propres faibles ou négatifs sont un signal d’alerte : ils réduisent la marge de sécurité en cas de difficulté et posent la question de l’engagement des associés.
Les ratios financiers de remboursement : l’entreprise peut-elle payer ?
- Capacité de remboursement = dettes de financement ÷ CAF. Le résultat s’exprime en années : c’est le temps qu’il faudrait pour rembourser les dettes financières en y consacrant toute la CAF. C’est souvent le premier des ratios financiers examinés.
- Couverture des charges financières = EBE ÷ charges d’intérêts. Il mesure combien de fois l’exploitation couvre le coût de la dette.
En pratique, de nombreux établissements considèrent qu’une capacité de remboursement inférieure à trois ou quatre ans est confortable, mais ces repères varient selon la banque, le secteur et la durée du crédit demandé.
Les ratios financiers de liquidité et d’exploitation
- Liquidité générale = actif circulant ÷ passif circulant. Un ratio supérieur à 1 indique que les actifs à court terme couvrent les dettes à court terme.
- Délai de paiement clients = (créances clients ÷ chiffre d’affaires TTC) × 360 jours. Un délai qui s’allonge alourdit le besoin en fonds de roulement et la trésorerie.
Ces ratios rejoignent directement le calcul du besoin en fonds de roulement, détaillé dans notre article sur le calcul du BFR. Une entreprise rentable mais dont les clients paient tard peut rester sous tension de trésorerie, et le banquier le voit immédiatement.
Les ratios financiers de rentabilité
- Rentabilité nette = résultat net ÷ chiffre d’affaires.
- Rentabilité des capitaux propres = résultat net ÷ capitaux propres.
Dans une analyse financière bancaire, la rentabilité rassure le banquier parce qu’elle alimente la CAF, donc la capacité de rembourser. Une entreprise qui perd de l’argent devra justifier un retour à l’équilibre crédible avant d’obtenir un financement.
Exemple chiffré : une PME qui sollicite un crédit d’investissement
Prenons une PME qui réalise 15 millions de dirhams de chiffre d’affaires hors taxes, avec les données suivantes, en dirhams : EBE 1 800 000, charges d’intérêts 270 000, résultat net 650 000, CAF 1 150 000, capitaux propres 4 000 000, dettes de financement 3 000 000, total du bilan 11 000 000, actif circulant 6 500 000, passif circulant 5 200 000, créances clients 3 000 000.
| Ratio | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Autonomie financière | 4 000 000 ÷ 11 000 000 | 36,4 % |
| Endettement | 3 000 000 ÷ 4 000 000 | 0,75 |
| Capacité de remboursement | 3 000 000 ÷ 1 150 000 | 2,6 ans |
| Couverture des charges financières | 1 800 000 ÷ 270 000 | 6,7 fois |
| Liquidité générale | 6 500 000 ÷ 5 200 000 | 1,25 |
| Délai clients | 3 000 000 ÷ 18 000 000 × 360 | 60 jours |
| Rentabilité nette | 650 000 ÷ 15 000 000 | 4,3 % |
| Rentabilité des capitaux propres | 650 000 ÷ 4 000 000 | 16,3 % |
Ce profil est favorable : la structure est équilibrée, la dette pourrait être remboursée en moins de trois ans de CAF et l’exploitation couvre largement les intérêts. Le banquier se demandera surtout comment le nouveau crédit modifiera ces ratios. Si la PME emprunte 2 millions de dirhams supplémentaires, l’endettement passe à 1,25 et la capacité de remboursement à 4,3 ans, sauf si l’investissement augmente la CAF. C’est précisément ce que le prévisionnel doit démontrer.
Préparer son analyse financière avant le rendez-vous
Le dirigeant a tout intérêt à calculer lui-même ses ratios financiers avant de solliciter sa banque :
- identifier les points faibles et préparer une explication pour chacun (créance exceptionnelle, investissement récent, perte ponctuelle) ;
- simuler l’effet du crédit demandé sur l’endettement et la capacité de remboursement ;
- joindre un prévisionnel cohérent, avec un plan de trésorerie qui montre la capacité à faire face aux échéances ;
- envisager un renforcement des capitaux propres lorsque l’autonomie financière est trop faible.
Une analyse financière préparée en amont change la nature de l’entretien : le dirigeant ne subit plus les questions, il présente un dossier argumenté.
En résumé
Le banquier juge une demande de crédit sur quatre familles de ratios financiers : la structure, la capacité de remboursement, la liquidité et la rentabilité, toutes calculées à partir des états de synthèse du CGNC. Les connaître, les suivre sur plusieurs exercices et mesurer l’effet du crédit demandé permet d’aborder la banque avec un dossier solide. Les données sur le financement des entreprises marocaines publiées par Bank Al-Maghrib complètent utilement cette lecture.





